
Filiale de Corrie MacColl et fleuron du caoutchouc camerounais, l’entreprise affirme que les vols à répétition menacent ses 5 000 employés et sa production déjà fragilisée par 10 ans sans bénéfices.
Ce n’est plus seulement une affaire de sécurité, c’est une affaire de survie économique.
La société HEVECAM, leader camerounais de la production de caoutchouc naturel et filiale du groupe britannique Corrie MacColl, a officiellement saisi le gouvernement camerounais pour un renforcement urgent de la sécurité autour de son complexe de Niété, dans la Région du Sud.

L’entreprise tire la sonnette d’alarme: la situation est devenue intenable.
DES VOLS QUI FRAGILISENT UNE ENTREPRISE DÉJÀ À GENOUX
Dans sa correspondance et lors des échanges avec les autorités locales, la direction d’HEVECAM est directe.
Le complexe de Niété fait face à une recrudescence des vols et des actes de délinquance: vols de latex, de matériel, intrusions dans les plantations, actes de vandalisme.
Pour une agro-industrie qui fonctionne 24h/24 et qui s’étend sur des milliers d’hectares, ces actes ne sont pas anecdotiques. Ils désorganisent la chaîne de production, font exploser les coûts de gardiennage et découragent les ouvriers.
Or, HEVECAM n’a pas les moyens d’encaisser un choc supplémentaire.
L’entreprise traverse une zone de turbulences financières majeures. Selon des sources concordantes, elle fait face à de sévères tensions de trésorerie et, fait plus grave, enchaîne plus d’une décennie sans bénéfice. Entre la chute des cours mondiaux du caoutchouc par le passé, le poids de la dette, le coût des intrants et la concurrence asiatique, l’équilibre financier est extrêmement précaire.
Dans ce contexte, chaque tonne de caoutchouc volée, c’est une perte nette qui rapproche l’entreprise de la rupture.
5 000 EMPLOIS DIRECTS MENACÉS
L’enjeu dépasse HEVECAM. L’entreprise, c’est le poumon du Sud.
Elle emploie près de 5 000 salariés directs et fait vivre, selon les estimations, plus de 12 000 emplois indirects: sous-traitants, transporteurs, commerçants, planteurs villageois. Dans le département de l’Océan, HEVECAM, c’est une ville dans la ville, avec ses écoles, ses dispensaires, ses campements.
La direction l’affirme: la sécurité physique de ses employés est aujourd’hui menacée. Des ouvriers agressés, des saigneurs qui n’osent plus aller dans certaines parcelles isolées, un climat d’insécurité qui pèse sur le moral des troupes.
Si la production devait baisser encore à cause de l’insécurité, c’est tout le bassin d’emploi de Niété et de Kribi qui vacillerait.
L’ÉTAT INTERPELLÉ: PROTÉGER UN FLEURON STRATÉGIQUE
C’est tout le sens de l’appel au gouvernement. HEVECAM ne demande pas une subvention, elle demande de la sécurité. Une présence renforcée des forces de maintien de l’ordre, un meilleur maillage des plantations, une réponse judiciaire ferme contre les réseaux de recel.
Cette demande intervient à un moment clé: le gouvernement a fait de Kribi et de son port en eau profonde le futur hub industriel du Cameroun. Difficile de vendre la destination Kribi aux investisseurs internationaux si une entreprise historique comme HEVECAM, qui y est installée depuis 1975, n’est plus en sécurité.
C’est d’ailleurs ce qui explique la réunion sécuritaire d’urgence présidée le 21 août à Kribi par le Ministre de l’Administration Territoriale, Atanga Nji Paul, sur très hautes instructions du Président Paul Biya, et son déplacement immédiat sur le site d’HEVECAM. Yaoundé a bien compris le message: sécuriser HEVECAM, c’est sécuriser l’attractivité de tout le Sud.
Reste maintenant à transformer l’instruction présidentielle en dispositif concret sur le terrain de Niété, pour que le caoutchouc camerounais continue de couler.

